Histoires vraies

Je t’aime…je te déteste !

3 février 2020

Aujourd’hui je cède la place à une femme merveilleuse et tellement belle ! Je l’appelle affectueusement mon petit nain de jardin….elle arrive carrément à la hauteur de ma poitrine. Elle est tellement drôle et attentionnée aux autres. C’est pas des farces, je la trainerais tout le temps dans ma sacoche ! (vu sa grandeur tsé…).

Et bien ma douce amie combat en cachette depuis trop longtemps un monstre du mental, qu’elle apprend à reconnaitre et à dompter petit à petit. Une simple invitation de ma part à partager sur un sujet qui lui tenait à coeur, a donner lieu à ce texte ô combien courageux, sublime, et infiniment intime. Elle nous en fait l’honneur à nous tous, en espérant peut-être démontrer à d’autres qu’ils / qu’elles ne sont pas seuls….et aussi j’en suis certaine, parce qu’écrire et partager, aide à guérir doucement nos plus grandes blessures.

Je t’aime mon amie et merci ! P.S Je vais t’en faire des tonnes de câlins sincères

Il en aura fallu du temps, afin que je me décide à parler de ce qui empoisonne ma vie depuis déjà trop longtemps.  La majorité des gens de mon entourage, ma famille y compris, ne se doutent pas de l’ampleur de ce qui se passe dans ma tête et mon corps. Pourquoi?  Tout simplement parce que c’est moins souffrant de vivre ça en solitaire, que de me montrer avec ma grande vulnérabilité et risquer de décevoir ceux que j’aime.

En cette semaine nationale de sensibilisation aux troubles alimentaires, je trouve que le moment est juste parfait.

On ne décide pas du jour au lendemain de devenir anorexique ou boulimique.  C’est un processus long et douloureux qui s’immisce au plus profond de son être et qui pénètre chacune de vos cellules.

Dans mon cas, c’est l’hyperphagie qui s’est invitée.  J’ai donc des épisodes où je ne suis plus maître dans ma tête ni de ma bouche!

Je mange un peu…beaucoup, à vrai dire énormément! Comme j’ai une aversion totale pour deux choses dans la vie, les pieds et les vomissements, il est hors de question de mettre mes doigts dans le fond de ma gorge pour faire ressortir le contenu de mon estomac, NON MERCI!!!  Il n’est pas plus question que je mange des carrés chocolatés de Ex Lax pour chier ma vie…ohhh que NON!

Quand ça me prend, j’ingurgite une quantité incroyable de nourriture, vous n’avez même pas idée, autant que mon corps est capable d’en prendre, et ce, en peu de temps.  Ad nauseam comme on dit, et ensuite, je pleure, je digère la honte qui s’est emparée de ma tête et de mon corps.

Cette honte qui me fait détester la nourriture, qui goûte si bon.  J’aime manger, mais je me déteste de ne pas arriver à me contrôler.

Cette honte qui me fait détester mon corps, que je trouve trop gros, trop imparfait pour laisser quiconque y déposer ses mains.

Cette honte qui me fait me détester!

Dans ces moments, trop présents à mon goût, mon corps me supplie d’arrêter, mais j’en suis incapable.  Une force surhumaine m’implore de continuer à me goinfrer, sans arrêter.

Telle une junkie alimentaire, ma vie tourne autour de la bouffe.  Je me lève le matin en y pensant, je me couche le soir en y pensant.  Peu importe ce que je fais, où je vais, cette ombre me poursuit.  Contrairement à une alcoolique ou une droguée, je ne peux décider d’adopter la sobriété, car je dois continuer à m’alimenter, question de survie.

Les troubles alimentaires nous poussent à nous isoler, de plus en plus.  

Entre vous et moi, je ne pourrais m’adonner à autant d’auto-destruction, si je n’étais pas seule avec moi-même. Les troubles alimentaires nous poussent à nous mentir à nous-mêmes et aussi aux gens qu’on aime. Je ne compte plus les fois où j’ai caché les nombreux emballages vides directement dans la poubelle, dehors, pour ne pas que mes enfants voient ou posent des questions, des visites répétées au service au volant, afin de manger, de compulser… et encore une fois, la honte m’accompagnait pour des heures et des heures.  

Tout ça, c’est tout simplement épuisant, pour le corps et pour l’âme. Je n’en pouvais plus d’avoir mal, et en toute sincérité, j’ai encore mal parfois.

J’ai peur d’avoir transmis cette merde à ma fille, qui me voit sans cesse perdre et reprendre du poids. J’ai peur de l’avoir contaminée, car soyons honnête, les troubles alimentaires touchent davantage les filles que les garçons.

Un jour, pas si lointain, j’ai décidé que je devais en parler, faire sortir mon monstre intérieur. Mon médecin a été là pour m’écouter, sans me juger.  Je n’ai pas été capable de tout lui dire, mais elle en sait juste assez pour avoir eu envie de m’aider.

Il y a des solutions, et même de la médication. Ben oui, il existe des pilules qui m’aident à contrôler mes compulsions alimentaires. J’ai résisté trop longtemps, en me disant que je n’étais pas faible, et que j’étais capable d’y arriver sans aide, mais le temps m’a fait comprendre que l’on ne combat pas une maladie mentale à grands coups de vouloir!  

Pas évident de digérer le fait d’être atteinte de maladie mentale, car on ne se le cachera pas, malgré les campagnes Bell cause pour la cause, il n’en demeure pas moins que les troubles de santé mentale sont toujours tabou.

Le temps fait bien les choses, en autant que l’on veuille bien avancer.  En parlant d’avancement, dernièrement, j’ai redécouvert les bienfaits des câlins sincères, je parle de ceux donnés par quelqu’un d’autre que mes enfants, ceux qui sont confortables et sans jugement, ceux où l’on est juste bien et en paix avec soi-même.  Laisser quelqu’un entrer dans ma bulle est une autre immense victoire.

Bientôt je ne dirai plus je t’aime…je te déteste, mais bien je t’aime…tout court!

Nancy

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