Les hauts et les bas ...

Prisonnière

23 avril 2020
fleurs prise dans la neige

*Avertissement : certains propos pourraient vous choquer. Bon. C’est ça.*

J’ai écrit ce texte hier soir en l’espace de 15 minutes après être sortie de la douche. Comme un vomissement non prémédité. J’étais allée courir juste avant avec ma voisine pour faire sortir le « méchant ».

Le méchant étant aujourd’hui un « tourbillon d’émotions », comme le livre pour enfants.  Un tourbillon, rapidement devenu une tornade en moi en l’espace d’une journée. 

En temps non ordinaire, des émotions non ordinaires font surface aussi.

Vous voulez savoir pourquoi j’imagine ?

Bien voilà.

Un déclencheur. 

Avant-hier, un membre de ma famille qui travaille dans le réseau de la santé devra peut-être être « relocalisée » dans les CHSLD pour aider. Dans son travail actuel, on ne donne pas de médicaments, on ne change pas de culottes, et on ne fait pas manger les gens. Pas grave. Malgré toute la charge émotive et familiale qu’une telle relocalisation pourrait engendrer chez elle, peut-être qu’elle se sentirait « appelée ». Peut -être pas. Je ne lui ai même pas demandé.  Le déclencheur était trop fort. 

Boum !

Moi qui me « protège » un peu en écoutant à peine les nouvelles, je me mets à lire les derniers titres dont j’avais entendu parler évidemment, les fameux CHSLD.

Et puis là, re BOUM. 

Je me lève hier matin et je DOIS y aller. Je choisis bien mon mot ici. Je DOIS y aller. Je ne sais pas pourquoi. Je ne suis pas mère Térésa et je ne me crois pas téméraire, mais je sens « l’appelllll ». 

À l’époque du H1N1 et du séisme en Haïti, je faisais des semaines de 50-60 heures parce que je m’étais portée volontaire et j’étais énergisée !!  Je me rends compte aujourd’hui que je suis comme ça. Je me sens appelée par les états de crise. 

Alors hier matin, je cherchais frénétiquement un moyen de donner mon nom pour aller prêter main-forte (ou me jeter dans la gueule du loup, c’est selon votre perception).  Je ne suis pas seule dans cette situation. Combien de personnes ont donné leur nom dans les dernières semaines ? Une tonne !!!  Ils ont ressenti « l’appel ». C’est tellement beau.

Mais plusieurs n’ont pas été appelés. 

D’un autre côté, je vois des vidéos d’ancien joueur de hockey volontaire ou des témoignages de personnes obligées de travailler dans les CHSLD, qui eux ont eu accès aux entrées barrées et ont pu aider. ( En passant, BRAVO À VOUS, quel courage !). Hier soir, j’ai lu que les étudiants sans emploi cet été iront peut-être …

Ce que je vais écrire ensuite vous surprendra peut-être. Probablement que vous pensiez que j’allais m’indigner de ne pas avoir été appelée depuis hier matin, impatiente que je suis. 

Mais non! (je suis remplie de surprises).

En fait le tourbillon d’émotions n’était pas relié au fait que je ne serai peut-être pas appelé aux renforts. 

Non. 

Le tourbillon d’émotions naquit d’un sentiment d’être prisonnière. Impuissante oui, mais contre ma situation. Donc, un sentiment d’être emprisonnée.

Parce que pendant que j’attends le retour de je ne sais qui, pour aller aider je ne sais où, une tonne de pensées surgissent :

ah oui fille, tu as des enfants.

ah oui, il te faudrait soit t’isoler (ce qui m’irait pour moi mais moins pour mon mari), ou je devrais affronter la vie familiale après des heures supplémentaires et/ou des heures de soir / de nuit.

ah oui, si tu n’es pas présente, chère maman:  il n’y aura pas d’école à la maison pour ton garçon, et ils seront perturbés puisqu’à leur âge ils ne peuvent pas « vraiment comprendre » pourquoi maman est partie

ah oui, fait non négligeable, ton chum risque un « burn out » de monoparentalité improvisée puisqu’il travaille temps plein déjà …

Et là le tourbillon monte, tout doucement au début, puis plus fort. 

Plus fort parce que je suis en « beau calvaire » de ne pas être libre d’assouvir ce besoin de servir. Puis après je me sens coupable d’être en « beau calvaire » parce que :

– j’ai un mari qui en fait déjà énormément.

– j’ai un magnifique travail déjà qui porte une mission exceptionnelle (https://plus.lapresse.ca/screens/9a57ffe6-b488-401e-a7a3-50a1a5ee19c5__7C___0.html).

– j’ai deux magnifiques enfants en santé.

– je suis mère et je devrais me sentir accomplie et comblée par le fait de pouvoir passer du temps avec mes gars et faire l’école à la maison dans mes journées de congé. 

– je devrais me sentir satisfaite de tout ce que j’ai déjà…parce que j’ai vraiment tout. 

Bref…. .j’inspire 1-2-3-4, j’expire 1-2-3-4-5

Je me sens prisonnière. 

Comme un lion en cage qui rugit pour être libéré. Libéré de ces obligations qui m’empêchent aujourd’hui d’avoir les deux mains dans des gants de nitriles, visière et masque au visage, à aider un vieux dans le besoin. 

Ce sentiment, je suis certaine que nous sommes des milliers à le ressentir. Comme les enseignants avec leurs élèves, comme les commerçants qui ne peuvent ouvrir leurs portes et offrir leurs services, comme les grands-mères qui ne peuvent garder leurs petits-enfants. 

Hier soir, j’ai mis le doigt sur la racine d’un sentiment qui me grugeait par en dedans. Ça m’apaise déjà un peu.

#cavabienaller right ?

*** À mes enfants, si vous lisez ce texte un jour ou l’autre, sachez que vous n’êtes pas et ne serez jamais de trop. Je vous aime plus que ma propre vie. Mais maman est de même que voulez-vous. J’ai le besoin viscéral d’aider en situation de crise. Peut-être même que vous aurez aussi cette petite flamme en vous ! Et vous  pourrez venir vous confier à moi car je comprendrai…

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